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samedi, février 03, 2007

Chine Afrique : les neo-hyprocrites

Selon le magazine The Economist, la tournee du president Chinois Hu Jintao en Afrique s'effectue sous des auspices moins favorables que par le passe. Le president Chinois qui avait deja organise un sommet Chine -Afrique en Octobre 2006 a Pekin, prend un soin particulier a renforcer ses relations avec les differents gouvernements africains. Une fois de plus, la Chine sortira son chequier et consentira des prets a ses nouveaux partenaires.

Je n'epiloguerai pas ici sur la politique africaine de la Chine, ni sur les modalites dont doit s'accompagner l'aide au developpement de l'Afrique. Qui trompe qui dans cette histoire? La verite est que dans ce jeu de dupes, les tenants de l'hypocrisie sont des deux cotes de la rive.
La Chine a bonne presse au sein des gouvernements du continent car elle fonde sa cooperation sur une non-ingerence dans les affaires internes de ces derniers. Le cheque ne s'accompagne jamais d'une lecon de morale sur la corruption ou de conseils en bonne gouvernance politique ou economique. De Yaounde a Lusaka en passant par Harare, tout le monde s'en trouve bien aise. Et pourtant le dynamisme affiche des relations sino-africaines ne va pas sans creer des grincements de dents. D'aucuns crient a une nouvelle forme de predation des ressources africaines. D'autres s'insurgent contre le silence de Pekin notamment sur la situation au Darfour. La Chine en guise de soutien au regime de Khartoum, use de son droit de veto ou d'abstention pour bloquer toute resolution des Nations Unies visant a envoyer une force d'intervention pour mettre fin au massacre au Darfour. L'eclipse progressive de l'Occident au profit de la Chine explique en partie la mauvaise presse de la cooperation sino-africaine. Il suffit pour s'en convaincre de lire les medias europeens ou americains et leurs positions sur la question.

Et pourtant je dirais la, qu'il n y a rien de nouveau sous le soleil et qu'il n y pas la raison de s'etonner. La Chine souligne son avantage competitif en matiere de cooperation en se differenciant
de l'Europe et des Etats-Unis, ces derniers passent ainsi, au mieux pour des adeptes de l'ingerence dans les affaires africaines, au pire pour des neo-colons. Les faits sont tetus, et nul ne peut pretendre ignorer les motivations chinoises, car elles ne different en rien des motivations de ceux qui les ont precede au sud du Sahara. La predation change de visage en ce qu'elle emprunte des voies diverses; de ces voies, le terme reste le meme : une capture plus grande des ressources naturelles du continent. Les gouvernements ne sauraient etre oublies dans le decompte des responsabilites. C'est une chose que de recevoir de l'aide et d'etablir de nouveaux partenariats de cooperation pour developper leur pays, mais il leur incombe que cette aide se traduise par une amelioration substantielle des conditions de vie des populations. Voeu pieu?

Se basant sur le proverbe chinois qui dit que "
it is better to learn to fish rather than be given a fish" Jennifer Brea d'Africabeat pose la question avec justesse "Will China Teach Africa How to Fish?". Blaise Aplogan a cette formule savoureuse qui resume avec justesse le fond du debat. « Mieux vaut apprendre à pêcher un poisson que de se le faire offrir » et j’ajouterai volontiers : "ou de saliver en le voyant cuire dans notre propre cuisine, à la sauce chinoise…"

Les hyprocrites sont tous ceux qui detournent le debat de la question centrale de l'aide au developpement. La question plus haut merite d'etre reformulee, l'Afrique veut-elle apprendre a pecher? L'hyprocrisie consiste a focaliser notre attention sur les intentions et les actions des bienfaiteurs, au lieu de s'attacher a la condition essentielle du developpement de l'Afrique, sa propre intention de se developper. Cette intention premiere est la condition sine qua none d'un developpement reussi, il nous appartient de ne pas l'oublier.
L'aide peut affluer a l'envi, mais elle restera sterile si les Africains ne s'attachent eux memes a se developper.

7 comments:

Titophe a dit…

Excellent billet!
Effectivement, j'entends constament porter aux nues la venue des Chinois, vus comme des messis par mes connaissances Camerounaises. Je penses comme toi que cet accueil chaleureux est plus une réaction aux deception post coloniales, tout à fait compréhensibles, qu'une réelle perception d'opportunités.

Amicalement,

Titophe

Lydie a dit…

merci Titophe

Il serait souhaitable que les africains cessent de penser que le salut vient d'ailleurs et que les solutions ne sauraient etre trouvees a l'interieur.

Eddy a dit…

Sur un site camer que je visite regulierement, il y'a une dame qui dit en substance ceci: Quand l'africain cessera-t-il d'etre l'objet des autres pour devenir le sujet de son propre developpement?
Et cette dame a tellement raison que j'en ai mal à la tête
Depuis que le monde est monde, nous avons toujours été - lydie bouche les oreilles des enfants! - couillonnés par tous nos soi-disant partenaires: esclavage, colonisation, neocolonisation.
Et pourquoi? bien parce que nous sommes les objets des autres. Nous n'avons encore rien pris en main nous même.
L'africain a toujours cet espoir naif que ce sont les autres qui vont venir tout faire à sa place.
Je crois que tout compte fait, nous n'avons que ce que nous méritons.

ongola boy a dit…

Il nous manque , entre autres, une conscience et une identite communautaire. Tout ce que chacun de nous peut faire, c'est de faire de son mieux à son echelle, dans son entourage. Ce n'est pas grand chose mais c'est deja ca ;-)

Luc a dit…

Chère Lydie


> Se basant sur le proverbe chinois qui dit que " it is better to learn to fish rather than be given a fish" Jennifer Brea d'Africabeat pose la question avec justesse "Will China Teach Africa How to Fish?". Blaise Aplogan a cette formule savoureuse qui resume avec justesse le fond du debat. « Mieux vaut apprendre à pêcher un poisson que de se le faire offrir » et j'ajouterai volontiers : "ou de saliver en le voyant cuire dans notre propre cuisine, à la sauce chinoise…"

Je pensais que ce proverbe était dû à Confucius, et il me semble
l'avoir lu dans le petit livre rouge de Mao Tsé Toung. J'ai cherché sur l'Internet et trouvé un blog très intéressant
http://florent.blog.com/1098756/
où il est dit que la phrase chinoise est issue du Huainanzi, 17e Chapitre, et qu'une traduction maladroite est : Au lieu d'être là
devant le fleuve à avoir envie d'un poisson, mieux vaut rentrer chez
soi et tisser ses filets.

Je n'ai pas réussi à voir qui est l'auteur de ce blog.

Amitiés
Luc

Lydie a dit…

merci pour ces precisions Luc.

Ongola boy, j'aime bien ton blog, keep up the good work!

Eddy, be careful, il ya des enfants qui trainent sur ce blog, mais tu as sacrement raison, sauf sur le dernier point: meritons nous vraiment ce que nous avons? loin de prendre une posture de victime passive, je ne pense pas que nous saurions assumer toute la responsabilite de nos malheurs. Vaste sujet sur lequel je pourrais user les touches de mon clavier.

Je vous invite a lire le post (pour ne pas dire la sortie de piste pathetique) du Congolais Alain Mabanckou intitule l'Afrique a deux visages : bref essai sur la demagogie de la rebellion http://www.congopage.com/article4504.html
J'avoue etre aussi decue que sans voix face a une reduction de la sorte...

Eddy a dit…

ongola boy
c pas mal ton blog, et ton nickname est original.

lydie
je savais que ma derniere phrase dechainerait les passions. Je sais que c'est un peu réducteur, mais je m'y accroche quand meme. D'une certaine facon c'est de notre faute s'il nous arrive ce qui nous arrive.